89 % des entrepreneurs disent que Québec ne comprend pas leur réalité
Quand près de 9 propriétaires de PME sur 10 affirment que le gouvernement ne saisit pas ce qu'ils vivent au quotidien, ce n'est plus une opinion — c'est un cri d'alarme.
C'est le message brutal que la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante (FCEI) a livré le 20 février 2026 dans son mémoire prébudgétaire pour le budget 2026-2027 du Québec. L'organisme, qui représente 22 000 PME québécoises, presse le gouvernement de placer enfin les petites entreprises au cœur de ses priorités.
Et le constat est sévère : 91 % des propriétaires de PME ne croient pas que Québec comprend ce dont ils ont besoin pour améliorer leur productivité. Pourtant — ironie du sort — 75 % des Québécois estiment que l'avenir économique de la province passe d'abord par la santé des PME.
Le message est clair : il y a un fossé entre ce que vivent les entrepreneurs sur le terrain et ce que perçoivent les décideurs à l'Assemblée nationale.
Le contexte : une tempête parfaite pour les PME
L'année 2025 a été difficile. La FCEI dresse un portrait qui résonne avec ce que beaucoup d'entrepreneurs ont vécu :
- Baisse de la demande : Les consommateurs et les entreprises resserrent les cordons de la bourse
- Pénurie de main-d'œuvre persistante : Trouver du personnel qualifié reste un casse-tête quotidien
- Pression sur les coûts : L'inflation a grignoté les marges comme jamais
- Incertitude économique : Les menaces de tarifs américains planent sur plusieurs secteurs
Résultat? L'indice de confiance des entrepreneurs a reculé, l'investissement a ralenti, et le dynamisme entrepreneurial s'est affaibli. Et ce sont les PME — celles qui emploient plus de 2,3 millions de travailleurs au Québec — qui absorbent le plus gros du choc.
Les 5 priorités du mémoire de la FCEI
Le mémoire prébudgétaire ne se contente pas de décrire les problèmes. Il propose cinq axes d'intervention concrets que le gouvernement devrait adopter dans son prochain budget.
1. Alléger le fardeau fiscal des petites entreprises
Le Québec impose l'un des fardeaux fiscaux les plus lourds en Amérique du Nord sur ses PME. Et ce n'est pas juste une impression — les chiffres sont implacables.
Les taxes sur la masse salariale au Québec sont les plus élevées au Canada. Pour un employé qui gagne 50 000 $ par année, un employeur québécois paie en moyenne 6 632 $ en charges sociales (RRQ, RQAP, FSS, AE, CNESST). C'est 46 % de plus qu'en Alberta, où le même employé coûte 4 538 $ en charges.
Concrètement, si vous avez 10 employés à 50 000 $, vous payez 21 000 $ de plus par année en taxes sur la masse salariale qu'une entreprise albertaine similaire. C'est l'équivalent d'un demi-salaire de plus — sans avoir embauché personne.
La FCEI demande une réduction progressive de ces charges, notamment du Fonds des services de santé (FSS), pour permettre aux PME de réinvestir cette marge dans la croissance.
2. Stimuler la productivité et l'investissement
Le retard de productivité du Québec par rapport au reste du Canada — et surtout par rapport aux États-Unis — est documenté depuis des années. Mais les mesures concrètes pour y remédier tardent.
La FCEI propose de :
- Bonifier les crédits d'impôt à l'investissement pour l'acquisition d'équipements et de technologies
- Soutenir l'automatisation, particulièrement pour les secteurs en pénurie de main-d'œuvre
- Simplifier l'accès aux programmes d'aide (trop de PME ne les connaissent pas ou abandonnent devant la complexité)
L'objectif : permettre aux entreprises d'investir dans leur avenir plutôt que de simplement survivre au présent.
3. Réduire la paperasserie qui étouffe les PME
Voici un chiffre qui devrait faire réagir : 32 jours par année. C'est le temps que les PME québécoises perdent en moyenne à remplir des formulaires, répondre à des demandes gouvernementales et se conformer à diverses réglementations.
Trente-deux jours. Plus d'un mois de travail. Pas à servir des clients, à développer des produits ou à former des employés — mais à faire de la paperasse.
La FCEI demande un moratoire réglementaire : pour chaque nouvelle obligation créée, une obligation existante devrait être supprimée. Elle réclame aussi une révision de la Loi sur les décrets de convention collective (LDCC), qui impose des conditions uniformes à des secteurs très différents et pénalise particulièrement les entreprises saisonnières ou en région.
4. Moderniser l'écosystème d'innovation
Le Québec dispose de nombreux programmes d'aide à l'innovation (crédits RS&DE, CDAE, PARI, etc.), mais la FCEI constate qu'ils sont :
- Fragmentés : Difficile de savoir lequel est le bon pour votre situation
- Complexes : Les PME sans département de subventions passent souvent à côté
- Mal adaptés : Conçus pour les grandes entreprises ou les startups tech, pas pour la PME manufacturière de Trois-Rivières
La demande : simplifier, regrouper, et rendre ces programmes accessibles aux entreprises qui n'ont pas de lobbyiste ou de consultant en subventions.
5. Faciliter le transfert d'entreprises
Le Québec fait face à une vague de départs à la retraite chez les entrepreneurs. Des milliers de PME viables risquent de fermer faute de relève ou de conditions fiscales favorables au transfert.
La FCEI propose d'améliorer le traitement fiscal des transferts familiaux et des ventes à des employés, pour que céder son entreprise à la prochaine génération ne soit pas pénalisé par rapport à vendre à un étranger.
Ce que vous pouvez faire en attendant le budget
Le budget provincial sera déposé dans les prochaines semaines. Mais vous n'avez pas à attendre passivement. Voici des actions concrètes que vous pouvez prendre dès maintenant.
Optimisez votre fiscalité actuelle
Avant de réclamer de nouveaux allègements, assurez-vous de profiter de ceux qui existent déjà :
- Déduction pour petite entreprise (DPE) : Taux réduit sur vos premiers 500 000 $ de revenus actifs — vérifiez que vous y êtes admissible
- Crédit d'impôt RS&DE : Si vous développez des produits ou procédés, vous récupérez jusqu'à 35 % de vos dépenses admissibles
- CDAE : Pour les entreprises du numérique, un crédit sur les salaires de vos employés admissibles
- Subventions à l'embauche : Programmes comme PRIIME ou les subventions salariales d'Emploi-Québec
Documentez vos pertes de productivité
Vous perdez du temps en paperasserie? Documentez-le. Créez un journal des heures passées à :
- Remplir des formulaires gouvernementaux
- Répondre à des demandes de conformité
- Naviguer les programmes d'aide
Ces données servent à deux choses : elles nourrissent le travail de représentation d'organismes comme la FCEI, et elles vous aident à identifier où vous pourriez déléguer ou automatiser.
Révisez vos charges sur la masse salariale
Faites le calcul précis de ce que vous coûtent vos employés au-delà de leur salaire :
- RRQ employeur : 6,4 % sur les revenus entre 3 500 $ et 68 500 $ (2026)
- RQAP employeur : environ 0,494 % jusqu'à 94 000 $
- FSS : entre 1,65 % et 4,26 % selon votre masse salariale totale
- CNESST : varie selon votre secteur (de 0,5 % à plus de 10 %)
Connaître ces chiffres vous permet de mieux budgétiser vos embauches et d'évaluer l'impact réel d'une augmentation de salaire.
Rejoignez la voix collective
La FCEI et d'autres organismes ont plus de poids quand ils parlent au nom de milliers d'entreprises. Si vous n'êtes pas membre d'un organisme de représentation, considérez-y adhérer — ne serait-ce que pour recevoir l'information sur les changements réglementaires et fiscaux qui vous touchent.
À quoi s'attendre dans le budget 2026-2027?
Soyons réalistes : le gouvernement fait face à des contraintes budgétaires importantes. Toutes les demandes de la FCEI ne seront pas satisfaites. Mais certains signaux permettent d'anticiper les priorités :
Ce qui pourrait passer :
- Allègements ciblés pour les secteurs touchés par les tarifs américains
- Simplification de certains programmes de subventions
- Mesures pour le transfert d'entreprises (un enjeu démographique incontournable)
Ce qui sera plus difficile :
- Réduction significative du FSS (coûterait cher au Trésor)
- Moratoire réglementaire complet (difficile à appliquer)
- Refonte majeure des crédits d'impôt (prend du temps)
Le mot de la fin
Le prochain budget sera un test. Pas seulement pour savoir si le gouvernement a entendu les PME, mais pour voir s'il agit. Comme le résume François Vincent, vice-président de la FCEI pour le Québec :
> « Les entrepreneurs tirent la sonnette d'alarme. Le Québec ne peut plus agir sans penser aux impacts de ses politiques publiques sur les PME. »
En attendant le verdict budgétaire, faites vos devoirs : optimisez ce que vous pouvez contrôler, documentez ce qui vous pénalise, et restez informé des changements à venir.
Questions fréquentes
Quand sera déposé le budget du Québec 2026-2027?
Le budget du Québec 2026-2027 devrait être déposé au printemps 2026, typiquement entre la mi-mars et la fin avril. La date exacte sera annoncée par le ministère des Finances quelques semaines à l'avance.
Qu'est-ce que la FCEI demande pour les PME?
La FCEI demande cinq mesures principales dans son mémoire prébudgétaire 2026 : alléger le fardeau fiscal des PME, stimuler la productivité et l'investissement, réduire la paperasserie (32 jours perdus par an), moderniser l'écosystème d'innovation, et faciliter le transfert d'entreprises.
Pourquoi les taxes sur la masse salariale sont-elles plus élevées au Québec?
Le Québec a des programmes sociaux plus développés que les autres provinces, financés en partie par des cotisations sur la masse salariale : RRQ (au lieu du RPC), RQAP (programme provincial unique), et FSS (Fonds des services de santé). Sur un salaire de 50 000 $, un employeur québécois paie 6 632 $ en charges, contre 4 538 $ en Alberta.
Comment les PME peuvent-elles réduire leur fardeau fiscal actuellement?
Les PME peuvent optimiser leur fiscalité en profitant de la déduction pour petite entreprise (taux réduit sur les premiers 500 000 $), des crédits RS&DE pour la R&D, du CDAE pour le secteur numérique, et des diverses subventions à l'embauche. Un comptable spécialisé peut identifier les économies possibles pour votre situation.
Combien de temps les PME perdent-elles en paperasserie au Québec?
Selon la FCEI, les PME québécoises perdent en moyenne 32 jours par année en paperasserie administrative et en conformité réglementaire. C'est plus d'un mois de travail qui n'est pas consacré à servir les clients ou développer l'entreprise.
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Sources : Mémoire prébudgétaire FCEI 2026-2027, Communiqué de presse FCEI du 20 février 2026. Les informations présentées reflètent la situation en février 2026. Consultez un professionnel pour des conseils adaptés à votre situation.